COMMENT VIT-ON DANS UN QUARTIER À LA CANADIENNE ?

Pour me botter le popotin à écrire plus régulièrement, je participe à un challenge pour envoyer un article par mois sur des sujets divers et variés ayant trait à l’expatriation.

Le thème du mois : mon quartier.

 

 

On est le 23 janvier 2018, 1286ème jour de neige…

« Mamannnnnnnnnnnn !!!!! Viens voir !!!! Viiiiiiiite !!!!

– …

– MAMAAAAAANNNNNNN !!!! VIENS VOIR !!!! MAIS VIIIIIIITTE, S’il te plait !!!! »

– … Quoi ? répondit Mummy Frog »

Les flocons de neige virevoltent et tombent lentement sur le sol en couche épaisse et moelleuse. La lumière est blanche, les nuages sont bas, le feu crépite dans la cheminée, la radio est allumée et diffuse de douces mélopées.

Il fait une température douce…

-28 degrés (oui, je sais à cette température, il ne neige pas mais laissez-moi continuer, s’il vous plait. On est pas en cours de physique, nom de Zeus !)

« Nan, mais viiiiiiite, s’il te plait, c’est hyper important !!! hurla Princess Frog »

J’arrive d’un pas tranquille, suivie de près par Baby Frog rapide comme l’éclair à quatre pattes et je m’assieds à côte de Princess Frog qui trépigne d’impatience.

– Lààààà, regarde par la fenêtre !!!! Regaaaaaaarde !!!!

Je plisse les yeux, essaie de distinguer au travers des flocons de neige, une forme…

– Maman, j’en suis sûre, regaaaaarde !!!

On distingue juste un bonnet, une silhouette massive et deux jambes qui bougent…

– Mais oui, tu as raison, chérie, il y a bien quelqu’un ! C’est incroyable, dis-je en écarquillant les yeux !!! »

Comme nous habitons à un coin de rue, nous courrons vers une autre fenêtre pour être bien certaine de ne pas voir un mirage…

Un piéton, un vrai !!!!!!!!!!

Ça fait des semaines que nous n’en avions pas vu, en chair et en os, qui marche.

Normalement, les piétons, ces intrépides, ils sont dans leur voiture. On en voit passer de temps en temps, ces courageux, à braver les rues et les bourrasques à bord de leurs bolides sortant de leur voiture uniquement pour faire 2 mètres en rentrant chez eux. On en voit aussi aux arrêts de bus comme de gros bonhommes de neige.

Mais là, c’est un autre standard, c’est un piéton, un vrai, que dis-je un marcheur, que dis-je un aventurier de l’extrême qui se déplace à pied sur une distance de plus de 10 mètres !

Intrépides et courageuses, nous ne bougeons pas de chez nous mais nous faisons une hola accompagnée de Hourrraaaaa depuis le canapé lui témoignant toute notre affection et notre soutien d’être sorti pas ce temps….

Vous allez, me dire, « Mummy Frog, tu exagères… On est même pas en janvier, tu as eu une journée de neige depuis le début de l’automne et une nuit, un petit -11 degrés… Pas de quoi fouetter un caribou.  »

J’avoue, c’est vrai…

Mais ce qui est vrai aussi c’est le statut du piéton…

« Mais tu ne devais pas parler du quartier ? Oui, j’y viens, j’y viens… »

Mon quartier, à quoi il ressemble ? Ça c’est une sacrée bonne question…

 

Tout d’abord, je n’appelle pas vraiment cela un quartier au sens européen du terme. Ici, on a appelle cela un « block » ce qui signifie un pâté de maison. Et c’est plutôt cela, d’ailleurs, que je décrirais si je devais nommer mon quartier.

On peut néanmoins distinguer un quartier d’un autre à la typologie des maisons, à l’espace entre les différentes habitations et à la présence ou non de garages intégrés aux maisons.

  • Maisons sur deux étages sans garage, séparées de 3 ou 4 mètres sur un grand terrain: 1880-1950
  • Maisons sur deux étages avec un garage une place, séparées de 3 mètres sur un grand terrain: 1950-1970
  • Maisons de plein-pied ou sur deux étages avec un garage deux places séparées de 2 mètres sur un terrain moyen : 1980-2005
  • Maisons sur deux étages avec un garage deux places séparées de 1 mètre sur un terrain minuscule : 2005-2017 (En gros, les promoteurs n’ont pas vraiment changé leur standard de maisons mais les ont posées dans des terrains ridiculement petits mais sans les coller… Aberration architecturale !!!)

D’un point de vue martien, si je regarde London en Ontario et que je donne une description de mon quartier, ce pauvre martien serait bien en peine de trouver mon quartier, encore moins ma maison, car mon quartier ressemble au quartier voisin, qui ressemble lui aussi au quartier voisin, qui ressemble à s’y méprendre au quartier voisin et tout cet urbanisme (aïe, est-ce vraiment de l’urbanisme, cela ???) s’étend sur des dizaines de kilomètres et ne s’arrête… pas vraiment.

On pourrait aussi bien être à London, à Mississauga, à Ottawa ou aux Etats-Unis…

Comment vous dire ?

C’est un peu le schéma type de la ville nord-américaine qui s’étend sur des kilomètres avec des rues standardisées, des arbres, des pelouses devant les maisons, des maisons qui se ressemblent et ainsi de suite.

Mon quartier, c’est ça :

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Ou peut-être cela :

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Ou bien, ceci :

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Enfin, vous aurez compris, ça peut aussi bien ressembler à ça :

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Ça a pas l’air super méga génial tout cela…. mais si, en fait, on peut largement y trouver son compte mais différemment.

C’est certain que si vous souhaitez ouvrir votre fenêtre et humer la délicieuse odeur de croissants chauds de la boulangerie en bas de chez vous ou entendre les échanges philosophiques d’ivrognes d’étudiants à une heure du matin à la sortie d’un bar, passez votre chemin.

Ici, c’est calme, très caaaaaaaalme, trèèèèèèèss, trèèèèès calme. C’est « the surburbs » !

J’avoue, à 20 ans, j’aurais très certainement préféré me transformer en torche vivante que de vivre ici. Mais comment dire, mes 20 ans sont un peu loin, très loin derrière moi et je me surprends à apprécier ce calme.

Dans mon très proche passé français, j’étais architecte. Ici, je suis en transition mais c’est un autre sujet.

J’ai combattu intensivement ces quartiers, ces banlieues qui grignotent les terres agricoles, où la voiture est reine, où les réseaux s’étirent sur des kilomètres accompagnés de kilomètres de bitume, où le centre ville est à des kilomètres, où les villas/pavillons/bungalows/ranch sont séparés de 2 mètres avec un jardin devant et derrière.

J’ai lutté contre cette urbanisation sans queue ni tête, consommatrice d’énergie et de ressources.

J’ai refusé de voir cet urbanisme de promoteurs se répandre comme des nappes de pétrole sur les territoires où le quartier, la maison sont des produits marketing, .

Ironie de l’histoire, je vis en plein dedans aujourd’hui.

Alors, j’en reviens à mon histoire de piéton.

Il est certain qu’on vit très bien dans notre nouvelle maison, que j’apprécie sincèrement le calme de ma rue, de ce quartier, que j’aime faire ces 200 mètres qui nous séparent d’un immense parc long de 10 kilomètres le long de la rivière.

C’est une particularité de London, en Ontario, la ville dans laquelle j’habite qui s’appelle The Forest City. Elle porte bien son nom : des centaines de parc disséminés dans toute la ville.

map london

Il est vrai aussi que ma voiture est devenue ma second maison, que tous les jours mes pieds ne foulent pas vraiment les pavés de la rue ou juste pour faire les 30 mètres qui nous séparent de l’arrêt de bus de Princess Frog et que je dois reprendre ma voiture  pour aller au marché qui se situe à pas moins de 9 kilomètres…

On pourrait dire que mon statut de piéton est motorisé la plupart du temps. Mes pieds, tout mon corps à vrai dire, regrettent le temps où j’allais faire mon marché à pied, où je déambulais dans les rues piétonnes à la recherche d’un resto par temps de mistral, où je paressais à la terrasse d’un café les doigts de pied en éventail.

Mon avis est donc mitigé.

L’architecte qui sommeille toujours en moi éructe de colère quand je vois de nouveaux quartiers se construire sans fin, sans réel plan d’urbanisme, sans réelle connexion avec les services de bus, les infrastructures, quand je vois que malgré les alertes sur notre climat, l’isolation des maisons est toujours aussi médiocre et que les chaudières gaz continuent de tourner à plein régime. Oui, le Canada c’est très très grand, ils ont de l’espace, néanmoins, attention, dans quelques années, ça va nous/leur faire tout drôle de devoir pédaler pour se chauffer parce qu’on manquera de gaz…

La mère de famille, la française que je suis trouve cependant cette vie tout à fait confortable, en particulier parce que mon quartier, ce n’est pas uniquement un ensemble de maisons séparées de 2 mètres les unes des autres.

Non, mon quartier, c’est bien plus que cela :

C’est le matin, à l’arrêt de bus de Princess Frog, des discussions sans fin avec mes voisins qui déposent eux aussi leurs enfants. Je travaille mon anglais, ils rigolent (poliment) à mes blagues teintées d’un fort accent français. J’y trouve mon compte.

C’est dans la journée, des écureuils et des ratons laveurs qui se promènent dans mon jardin.

C’est le soir, le vol d’oies sauvages qui traversent le ciel et se posent dans le parc à 1 minute à pied de la maison.

C’est la nuit, un calme parfait pour dormir paisiblement. Je vous l’ai dit et répété et répété et répété, c’est trèèèèèèèèèèèèès calme.

C’est le week-end, des heures à marcher ou à pédaler en forêt en pleine ville !

C’est comme tout : chaque pays, chaque ville, chaque quartier a ses avantages et ses inconvénients.

On s’y accommode ou alors on va voir ailleurs si on est mieux.

 

Pour le moment, on a choisi de rester ici, pour le pire mais aussi pour le meilleur !

 

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9 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Merci de partager cette nouvelle vie avec nous !
    Au moins quand on viendra vous voir (si si j’y crois !), on sera plus vite dans le bain :))
    Gros bisous à vous tous et ….on pense au courrier pour Jo :(((( shame on meeeee

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  2. Curiosity Escapes dit :

    Au moins c’est typiquement le style de vie nord américain. L’immersion est réussie. Après on adhère ou pas au surconsumérisme américain.

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  3. thierry BALZAN dit :

    bravo Mummy Frog ! Croa croooa encore !

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  4. Ca a l’air très chouette chez toi, c’est alusant de voir ces énormes quartiers / blocks, rès impressionnant !
    Mais bon, le + c’est que c’est calme ! XD

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  5. Stephanie dit :

    Ah c’est tellement typiquement nord américain ! C’est sympa d’avoir ton point de vue de pro là dedans … ce sont des choses que nous (le commun des mortels ahaha) ne voyons pas !

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  6. Lucie dit :

    On se croirait dans un film 🙂 C’est vraiment impressionnant cette succession de maisons!

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  7. Mimi dit :

    Desperate Housewifes!!!! Mais c’est trop génial! Tu vas rencontrer Suzanne, Bree, Lynette et Gabrielle! Et le plombier!!!! Hou!!!! Trop de la chance! 😉 Bon après sur le fait qu etu vives aujourdh’ui au milieu de ce que tu as combattu… on en recause en Whatsapp… Parce que ça me parle un tantinet pas mal mon écureuil. Plein bisous à vous.

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  8. Florence dit :

    Ah ah j’adore te lire!
    Tu prends les jeunes françaises de 14 ans pour une année de lycée en hébergement chez toi? J’ai une candidate pour dans 3 ans 1/2!!
    Et transition d’architecte ça veut dire quoi??
    Surtout continue à écrire, cela fait ma joie! 😘😘

    Aimé par 1 personne

  9. Lucie - L'occhio di Lucie dit :

    Le calme doit être agréable, mais olala comme ça doit être dur cette dépendance à la voiture (ok chasser la voiture de ma vie a toujours été une priorité pour moi et voilà où j’ai fini par vivre) ! Merci pour ta contribution c’était très intéressant de découvrir un univers si différent de ce que je connais ! 🙂

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